LES CONSOMMATEURS VEULENT VRAIMENT DES VÉHICULES À ÉMISSION NULLE

Hans-Georg Frischkorn, Executive Director of Global Electrical Systems, Controls and Software  chez General Motors - Mai, 2010.


Profil d’Hans-Georg Frischkorn

Hans-Georg Frischkorn a rejoint General Motors en avril 2006 en tant qu‘« Executive Director of Global Electrical Systems, Controls and Sofware ». Il est responsable de la conception, de l’ingénierie et du développement des systèmes électriques et électroniques, pour tous les véhicules GM dans le monde.

Auparavant, il était « Vice President of Architecture and Systems Integration » chez BMW AG. En 1997, il a débuté sa carrière chez BMW en tant que vice-président d’ « In-House Consulting » au niveau développement. Il était responsable de la refonte du processus de développement produit. Il avait également la responsabilité des lancements de véhicules et de la Qualité. De 1999 à 2001, il fut le chef de projet du programme Z4.

Avant de travailler chez BMW, Hans-Georg Frischkorn a passé 2 ans chez McKinsey. Il a commencé sa carrière en 1978 chez IBM Allemagne, occupant successivement des postes de développement de produits, d’ingénierie des systèmes, de Business Development et de Management Consulting.

Quels sont les principaux défis et opportunités de votre poste ?

Le secteur reconnait enfin que les véhicules  électriques  (VE)  ne  sont  plus un  simple  battage  publicitaire.  Mon rôle  consiste  à  garantir  la  meilleure approche possible pour adresser cette nouvelle  technologie  et  ce  marché émergent.  Il  est  bien  entendu  très difficile de prédire la rapidité avec laquelle nous franchirons le pas vers les VE. Les principales études menées par les  experts  de  la  branche  tablent  sur une part de marché comprise entre 3 et 6% d’ici 2020, mais bien plus important en 2030. Nos décisions et les gestes  des  différents  gouvernements influeront sur la manière dont ces voitures  seront  perçues  et  donc  la  rapidité avec laquelle les consommateurs les adopteront.

Pensez-vous  que  les  véhicules tout électriques prendront le dessus ou le marché préférera-t-il les hybrides ?

Les consommateurs veulent vraiment des  véhicules  à  émission  nulle.  En ce  qui  nous  concerne,  les  véhicules qui  remporteront  cette  bataille  seront ceux capables de tenir toute la journée en mode tout électrique, et avec zéro émission. Il s’agit des véhicules électriques  ou  de  certains  hybrides  dits «  plug-in  »  équipés  de  gros  moteurs électriques et d’importantes batteries. Les véhicules équipés de « range extender » en particulier, sont des véhicules totalement polyvalents.Ne  croyez-vous  pas  qu’une  innovation  dans  la  technologie  des batteries  pourrait  rendre  totalement obsolètes les moteurs thermiques? Non,  sauf  pour  le  domaine  des  véhicules  de  grande  ville  ou  des  profils à  usage  urbain.  Il  est  évident  que  la technologie  des  batteries  représente le plus grand défi, mais également le plus  grand  frein  aux  VE.  Pour  nous, ce serait une grande réussite si nous parvenions  à  améliorer  les  performances  des  batteries  de  30  à  50% dans  les  années  à  venir.  Mais  même ce progrès considérable ne serait pas suffisant  pour  remplacer  les  «  Range extender » ou les solutions « plug-in ».

Pensez-vous  que  les  véhicules  à moteur  conventionnel  bénéficieront du développement des VE ?

 Oui,  mais  uniquement  dans  une  certaine  mesure,  et  je  pense  que  cela se fera dans deux domaines clé. Tout d’abord  dans  la  gestion  générale  de l’énergie  électrique  :  systèmes  HVAC (High  Voltage  Alternative  Current), amplificateurs,  etc.  Le  deuxième  domaine concerne les matériaux légers. Un must pour les VE et qui pourra également profiter aux autres véhicules.

Qu’en est-il des technologies « X-by-wire » (freins et/ou direction) ?

Ces  technologies  arriveront  dans l’automobile  à  moyen  terme,  mais pas  dans  l’immédiat.  Nous  n’avons aucun  moyen  de  passer  outre  les phases  classiques  de  développement

et  de  validation  qui  nous  permettront d’atteindre  les  exigences  de  sécurité requises.

Pensez-vous  que  les  VE  apparaitront  sur  les  plateformes  des  véhicules  existants,  ou  est-ce  que les  industriels  de  l’automobile profiteront  des  opportunités  en matière de packaging pour développer  de  toutes  nouvelles  plateformes ?

Je  vois  les  deux  tendances  sur  le marché.  Je  pense  que  les  questions de coûts attireront encore un moment toute  notre  attention  pour  intégrer des  batteries  ou  piles  à  combustible dans les constructions existantes. Les volumes  de  départ  étant  peu  importants,  investir  dans  des  constructions spécifiques  s’avère  souvent  exagéré. Lorsque les chiffres grimperont, la situation évoluera peu à peu.

Pensez-vous  que  d’autres  pièces deviendront  des  produits  standards ?  Après  tout,  il  est  finalement assez difficile de distinguer les moteurs électriques entre eux. Ne  serait-il  pas  pertinent  de  les partager  avec  d’autres  constructeurs ?

Force  est  de  constater  que  le  secteur devra composer avec un énorme potentiel  de  standardisation  des exigences,  des  technologies  et  des composants.  Mais  d’un  autre  côté, les  marques  continueront  de  vouloir se  différencier.  Chaque  constructeur continuera  donc  d’avoir  des  systèmes  clé  et  sous-systèmes  propres.

Vous savez, la conduite d’un véhicule électrique  n’est  autre  qu’un  nouveau secteur qui nous offre d’innombrables possibilités  de  nous  différencier. Tout ce  qui  peut  changer  la  sensation d’une  voiture  est  considéré  comme une compétence clé. 

 

Jens Meiners, Les consommateurs veulent vraiment des véhicules à émission nulle dans L’Électronique Décodée N°1/2010, 2010