L’OPEN SOURCE PERMET LA CONVÉRGENCE ET L’ARRIVÉE D’APPLICATIONS ISSUES DU MARCHÉ GRAND PUBLIC DANS LES EQUIPEMENTS EMBARQUÉS
Gerulf Kinkelin, Responsable Métier Innovation, Interface Homme-Machine, Habitacle et Electronique Véhicule chez PSA Peugeot Citroën - Décembre, 2009.
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Profil de Gerulf Kinkelin
Gerulf Kinkelin est responsable des innovations électroniques et intérieur chez PSA Peugeot Citroën, qu’il représente au Comité Directeur d’AUTOSAR et au conseil d’administration de l‘alliance GENIVI.
Diplômé de l’Ecole polytechnique, de l’ENSTA et de l’Institut d’Etudes politiques de paris, il a effectué sa carrière dans l’électronique et les télécommunications, pour le Ministère de la Défense, le premier Ministre, puis Matra Nortel Communications et Thales.
Son expérience couvre les systèmes de télécommunication, la sécurité, l’électronique et le multimédia, les coopérations industrielles et internationales et les dynamiques de standardisation.
Vous êtes le représentant de PSA au « board » de GENIVI, l’alliance constituée autour de la plate-forme Linux pour accélérer la convergence dans le multimédia. Comment avez-vous été amené à rejoindre cette initiative ?
Comme vous le savez, PSA est membre d’AUTOSAR, où un groupe s’était constitué pour explorer les problèmes spécifiques liés à l’infotainment, et en particulier la connectivité. Or, nous nous sommes aperçus que nous n’avions pas les bons interlocuteurs autour de la table. Les acteurs qui peuvent favoriser la convergence multimédia évoluent dans le secteur grand public, notamment dans l’univers du PC et des Smartphones. Nous avons donc décidé de créer un nouveau forum. Le choix de l’open source s’est imposé de lui-même, car il faut une plateforme ouverte pour favoriser le téléchargement d’applications. C’est ainsi qu’avec BMW, nous sommes allés chercher Intel, WindRiver et Delphi. L’alliance GENIVI est née lors du Cebit de Hanovre, en mars dernier. Nous sommes aujourd’hui 35 membres avec des acteurs comme General Motors, Magneti Marelli, Harman Becker, Freescale, Texas Instruments. La liste ne cesse de s’étoffer.
Qu’est ce qui vous a conduit à opter pour Linux ?
A la base, nous avions un besoin sensible. Les radionavigations embarquées de PSA étaient systématiquement en retard sur les PND du marché pour certaines fonctionnalités, en raison d’un cycle de développement sur 4 ans. Il nous fallait trouver un moyen de développer des équipements GPS plus rapidement et pour moins cher. Avec l’approche open source de GENIVI, on peut dissocier le hard du soft. Les équipementiers peuvent par conséquent intégrer les meilleurs logiciels applicatifs du marché (connectivité, multimédia, navigation), plutôt que d’en entretenir eux-mêmes, et les installer sur des équipements dédiés à la première monte. Avec des produits sur étagère, c’est plus facile de diffuser l’innovation. Or, il se trouve que Linux est une plateforme robuste, qui s’adapte automatiquement à l’arrivée des nouvelles applications standard du marché, du fait de son caractère open source. Pour les équipementiers, c’est plus intéressant car le schéma actuel fait qu’en gérant toute la chaîne, de l’OS au logiciel applicatif, ils engagent des frais qu’ils ne peuvent pas amortir. C’est donc un changement de culture. L’équipementier de rang 1 peut donc se concentrer sur la qualité et proposer une navigation plus abordable.
Comment s’organise la coopération avec l’univers de la téléphonie ?
Nous avons un groupe de travail « Mobile Office » sur le thème des Smartphones. Il est impossible aujourd’hui de prévoir ce que sera l’iPhone de dans 4 ans. Mais, nous faisons en sorte d’avoir un environnement standard sur lequel il sera plus facile d’adapter de nouveaux produits et des applications. A partir de la version mobile de Linux, qui a des applications natives comme par exemple le calendrier et la messagerie, nous avons ajouté une dizaine de fonctions plus dédiées à l’automobile. On peut citer par exemple le démarrage immédiat, la gestion des sources audio ou encore la sauvegarde des données.
Intel est aujourd’hui en position de monopole sur l’open source avec la plateforme développée par WindRiver. Est-ce que ça ne risque pas de poser des problèmes, sachant que les constructeurs aiment bien avoir le choix entre plusieurs fournisseurs ?
On peut d’abord répondre que d’autres fondeurs vont continuer à rejoindre l’alliance. La philosophie de GENIVI est la même que celle de Windows, dans la mesure où l’objectif est de proposer un standard qui permet de faire le lien avec les produits d’électroniques pour le grand public. C’est bien d’avoir sur le marché une offre avec deux plateformes : Windows et Linux. Je note d’ailleurs que Magneti Marelli développe des produits sur ces deux standards. C’est la même chose pour Continental, qui avait d’abord fait le choix de Windows avec Microsoft et qui travaille aujourd’hui aussi sur Linux. La barrière d’entrée est en fait assez faible.
L’alliance GENIVI représente-t-elle une bonne opportunité pour les fabricants de GPS ?
Oui, car le marché du PND accuse une baisse, en raison de la crise et de la montée en puissance des GPS embarqués. C’est l’occasion pour des acteurs comme TomTom ou d’autres de faire migrer leurs logiciels vers des solutions embarquées. Ils peuvent générer de la valeur par des applications. Quand on regarde l’exemple d’un Coyote, qui est présent avec ses avertisseurs de radars sur le mobile, on se dit qu’un soft ouvert permettrait justement d’accueillir un tel service. Il est tout à fait possible d’envisager à terme des applications à télécharger dans le véhicule, comme cela se fait déjà dans la téléphonie mobile, mais dans le cadre d’un environnement standardisé.
Quel est le calendrier au sein de GENIVI ?
Les spécifications et le code open source de niveau industriel seront délivrées dans le courant de 2010. L’objectif est d’avoir des applications sur des véhicules de série à partir de 2012.
Laurent Meillaud, L’open Source permet la convergence et l’arrivée d’applications issues du marché grand public dans les équipements embarqués dans L’Électronique Décodée N° 3/2009, 2009

