L’ÉLECTRONIQUE  EST  À  L’HEURE  DE  CONVERGENCE 

Christian Balle, Directeur Adjoint de la Direction de l’Electronique Avancée à la Direction de la Recherche, des Etudes Avancées et des Matériaux de Renault - Juillet, 2007.


Profil de Christian Balle

Christian  Balle est ingénieur diplômé en physique (ESPCI - 1978) avec un DEA en électronique et en informatique (Université Pierre et Marie Curie). Il entre chez Renault en 1979 pour développer des moyens  de mesures et de traitements au nouveau centre d’essais d’Aubevoye en Normandie. Puis il prend la responsabilité des Etudes Nouvelles en systèmes de freinage (ex.: lancement du premier ABS de la gamme Renault sur la R25 en 1985).

De 1986 à 1989 il s’oriente vers l’industrie ferroviaire. Entré dans la division transport d’Alstom, il met en place un laboratoire de développement de solutions numériques originales pour la signalisation au sol.

Il rejoint Renault en 1990, pour contribuer au développement de l’électronique châssis à l’occasion du lancement de la Safrane (1991). Il prend la responsabilité du service Electronique Châssis nouvellement créé en 1991. En 1994 il devient responsable Gamme Basse (Twingo, Clio, Mégane) du département Synthèse Acoustique au centre d’essais d’Aubevoye.

En 1998 il prend la responsabilité avant-projets à la nouvelle Direction des Etudes Electriques et Electroniques. A l’occasion de la réorganisation de l’ingénierie en 1999, il prend la responsabilité du département Systèmes Electroniques à la Direction de la Recherche. Depuis 2006, il est Directeur Adjoint de la Direction de l’Electronique Avancée.

Renault est très attendu avec la sortie de la Laguna 3 qui se doit d’être un modèle de fiabilité. Comment peut-on concilier cet objectif avec une technologie toujours plus complexe?

«  Nous  avons  reçu  des  consignes de  la  part  de  notre  direction  générale  qui  souhaitait  que  la  Laguna  3 figure  dans  le  top  3  en  matière  de qualité, produit et services. L’objectif est ambitieux, car il s’agit ni plus ni moins que de concurrencer frontalement des acteurs comme Audi, BMW et Mercedes. En ce qui concerne la technologie, nous avons fait le choix de  ne  pas  introduire  d’innovation qui  n’ait  pas  déjà  été  préparée  en amont  sur  d’autres  modèles.  Nous avons cherché à comprendre ce qui avait pu poser problème, lors de l’introduction  de  la  carte  mains-libres sur  la  précédente  génération  de Laguna. Ainsi, nous n’avons pas pris de  risque  sur  la  berline  et  le  break. On  retrouve  entre  autres  le  système  de  navigation  Carminat  avec sa  fonction  mains-libres  intégrée  et la  molette  de  commande  entre  les sièges. Il y a également un frein de parking électronique comme sur Vel Satis.  On  peut  noter  toutefois  que le design de la planche de bord est assez nouveau, que nous proposons une  direction  à  assistance  variable et  un  troisième  feu  stop  à  LED  intégré  dans  la  lunette  arrière.  Dans un  an,  nous  proposerons  des  fonctions plus évoluées sur le coupé. La technologie, liée à la sécurité et à la dynamique du véhicule, fera appel à l’électronique. »

Vous soutenez depuis sa création le Pôle de compétitivité System@tic en région parisienne. Qu’est-ce que cela apporte pour vous?

« De tous les pôles de compétitivité dédiés  à  l’automobile,  System@tic est le premier en maturité et en projets notifiés, avec près de 100 % de réussite.  J’ai  été  personnellement l’un  des  fondateurs  de  ce  pôle,  à la  fin  2004.  En  apparence,  ce  pôle est assez hétérogène car il regroupe des  industries  liées  aux  télécoms, aux  transports,  à  l’aéronautique,  à la défense, à la sécurité et à l’informatique.  Mais,  il  y  a  une  véritable convergence  des  technologies,  à  la fois  pour  les  outils  logiciels,  le  traitement de l’information et du signal, ou encore dans l’image. System@tic n’est pas un pôle automobile ou aéronautique.  C’est  tout  cela  à  la  fois et  dans  une  optique  très  transversale.  Ce  qui  est  intéressant,  c’est que nous travaillons avec des labos (CEA et INRIA), mais aussi avec des PME.  Or,  ces  entreprises  qui  sont spécialisées  apprennent  à  devenir transversales.  Cela  les  incite  à adresser des marchés plus divers et différents,  leur  apportant  ainsi plus de visibilité. »

QuelestlerôledeNum@tecAutomotivedanscet ensemble?

« Num@tec Automotive est la composante automobile et transports de System@tic. Il s’agit d’une structure flexible,  regroupant  des  PME,  des industriels  et  des  labos.  Le  périmètre  s’élargit,  car  le  ferroviaire  arrive aussi  dans  la  boucle.  Nous  avons conclu  un  MoU  (Memorandum  of Understanding)  avec  Alstom,  lors du  dernier  salon  de  la  recherche. C’est  un  apport  conséquent pour Renault,  car  nous  pouvons  procéder  à  l’adaptation  de  technologies en  provenance  d’autres  industries. Nous  discutons  aussi  de  ces  sujets avec  Thales,  EADS,  Bull,  ou  encore Dassault Systèmes. C’est l’occasion de  faire  la  connaissance  de  PME  et de  labos  venant  d’autres  horizons. L’approche se fait de façon transversale  et  à  grande  échelle.  Num@tec Automotive constitue un cadre pour se  rencontrer.  Ce  type  de  maillage est complémentaire des réseaux que nous  pouvons  avoir  chez  Renault, avec EUCAR, l’ACEA et nos contacts avec  des  PME  ou  le  réseau  académique.  L’enjeu  est  d’acquérir  l’excellence dans la maitrise du logiciel, afin d’éviter les problèmes de qualité et de retard dus à l’électronique embarquée.  Clairement,  la  volonté  est de  faire  aussi  bien  et  même  mieux que les allemands. »

Dans ce contexte, êtes-vous satisfait de l’arrivée d’ESG dans Num@tec?

« ESG est aujourd’hui un acteur plus français  qu’allemand,  depuis  la  reprise  de  Créalie  qui  est  d’origine française et spécialiste des logiciels enfouis.  J’ai  été  personnellement l’artisan  de  ce  rapprochement  pour leur adhésion à Num@tec. Nous souhaitions, dans le cadre de Num@tec, apprendre à nous connaître et à partager  des  réflexions  ensemble.  Les appels  d’offres  lancés  par  la  DGE (Direction  Générale  des  Entreprises)  seront  l’occasion  de  mettre  en commun nos compétences. Les gros sujets  du  moment  sont  les  briques technologiques  –  où  ESG  peut  apporter  son  expérience  de  l’intégration et de la validation – l’intégration de modules hétérogènes, les processus  de  validation,  les  plateformes  à développer  autour  d’AUTOSAR  ou encore la compatibilité avec les produits  nomades  dans  l’automobile. Comme  vous  le  voyez,  on  s’investit de  plus  en  plus  chez  Renault  dans l’électronique  embarquée.  C’est  la raison  pour  laquelle  nous  embauchons  des  cadres  en  provenance d’autres  industries,  comme  l’aéronautique et la défense. »

L’électronique est à l’heure de convergence dans L’Électronique Décodée N° 2/2007, 2007